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Club d’investissement : Cédric et Travis nous expliquent tout !

Créer un club d'investissement

Cédric et Travis sont 2 fidèles lecteurs d’Avenue des investisseurs. Passionnés tout comme nous, ils ont ressenti l’envie de partager. Avec 4 amis, ils viennent de créer un club d’investissement et ils vont nous expliquer leur projet. Comment créer un club d’investissement en bourse ? Pourquoi ? Quelle organisation ? Quels objectifs ?

En 2007, Warren Buffett pariait qu’un simple fonds indiciel (le tracker S&P 500) allait battre les gérants des hedge funds américains sur 10 ans. Il l’a emporté haut la main en 2017 devant les meilleurs hedge funds du pays ! Alors qu’est-ce qui peut bien motiver des investisseurs individuels à se lancer dans l’investissement actif plutôt que dans la gestion passive en trackers ? Dans quoi investir en 2020 pour battre les marchés ?

Cédric et Travis, pouvez-vous vous présenter ? 

Nous sommes deux étudiants qui ont intégré la même école de commerce il y a 6 ans. Ce début d’histoire ressemble à celui d’une énième start-up parisienne, mais c’est réellement le hasard qui nous a rassemblés. Après le bac, Travis était prédestiné à rejoindre un cursus universitaire en droit tandis que je me dirigeais vers une classe préparatoire. Aujourd’hui, nous terminons notre deuxième année d’étude en Master CCA (Comptabilité, Conseil et Audit).

Nous avons tous les deux effectués une année de césure en 2019. J’ai utilisé ce temps pour obtenir un diplôme en gestion financière à Boston. Mon partenaire Travis a quant à lui réalisé un stage de césure dans un cabinet d’expertise-comptable et d’audit de taille moyenne. Ces deux expériences ont suscité notre curiosité profonde pour le secteur de la finance.

C’est après cette césure que l’idée d’investir ensemble nous est venue. On s’est d’abord associés avec un de nos amis proches qui était dans la même école que nous. Puis ce premier groupe de 3 personnes s’est élargi pour accueillir un total de 6 membres, tous étudiants en master. Et c’est à ce moment que nous avons décidé de créer un club d’investissement. 

Pourquoi créer un club d’investissement en bourse ?

ADI : Vous avez donc l’intention de créer un club d’investissement. Quelles sont les motivations derrière ce choix ? Quel intérêt ? Qu’est-ce qui vous motive ?

Pour investir il ne suffit pas de s’intéresser uniquement à la bourse. Il faut également comprendre d’autres facteurs comme l’économie, la fiscalité, et même la psychologie. En bref, plus votre point de vue est large et meilleure sera votre décision d’investissement. En pratique, il est difficile d’analyser tous ces éléments en étant seul. La tâche devient moins ardue lorsqu’on est plusieurs. 

Au sein de notre groupe, nous avons tous des spécialités différentes. L’objectif du club d’investissement est de mettre à profit nos connaissances pluridisciplinaires et multisectorielles. L’opinion réfléchie de chaque membre permet d’élargir la vision du groupe. À la manière d’un comité d’investissement, l’intérêt du club est de choisir la meilleure stratégie possible. 

À travers le club, nous pouvons constituer et gérer ensemble un portefeuille composé de différents actifs financiers. Outre la constitution et le développement d’un capital, l’intérêt du club est de permettre aux membres d’approfondir leurs connaissances en investissement. Les idées échangées sont testées et débattues, ce qui nous donne l’occasion d’apprendre les uns des autres

Note de Nicolas : il est vrai que la psychologie joue beaucoup en matière d’investissement. Car les humains souffrent naturellement de biais comportementaux. Par exemple, on a tendance à acheter en période d’euphorie (cher) et à revendre en période de “désespoir” (pas cher). Alors que c’est évidemment l’inverse qu’il faut faire : “acheter au son du canon et vendre au son du clairon” (Warren Buffett). Idem, on a tendance à laisser courir les pertes et à vite couper les gains, alors que c’est l’inverse qu’il faudrait faire. En pratique, le club d’investissement peut plus facilement permettre de garder la tête froide et rester rationnel en débattant, plutôt que de prendre des décisions seul dans la précipitation.

Comment créer un club d’investissement ? Quelles sont les formalités ? Quel est le statut ?

ADI : Pour investir en bourse en groupe, est-ce que l’on a le choix du statut ?

Créer une SAS ou un club d’investissement ?

À vrai dire, nous ignorions l’existence du statut de club d’investissement ! Nous avions au départ l’idée de créer une SAS (Société par Actions Simplifiés). Car nous ne pouvions pas gérer un capital commun sous la responsabilité d’une personne physique. Aussi, la SAS permettait d’avoir une entité qui investit en notre nom et offrait une souplesse dans la rédaction des statuts. Toutefois, les limites de création d’une SAS n’ont pas tardé à se manifester. La préparation des statuts, le dépôt au greffe, les frais à payer, etc. Le chemin s’annonçait houleux. À l’inverse, le club d’investissement demande très peu de formalités. 

Le club d’investissement est une indivision. C’est une forme juridique qui permet à plusieurs personnes de se partager le droit de propriété sur un actif. L’indivision ne requiert ni déclaration administrative ni frais de création. En pratique, un modèle de statut pour la création du club peut être trouvé sur le site de la F2iC (Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs d’investissement). À la création du club, chaque membre devra être présent pour la signature des statuts. Notez que ce n’est pas une association Loi 1901.

Comment s’organise la vie du club d’investissement ?

ADI : Comme dans toute organisation, et même s’il s’agit d’un club entre amis, il y a sans doute des règles à respecter ? Expliquez-nous !

Durée de vie et nombre de membres

Le club a une durée de vie de 10 ans non renouvelable. Une fois cette limite atteinte, le club sera automatiquement dissous. Néanmoins, les membres ont toujours la possibilité de créer un nouveau club. La restriction la plus importante porte sur le nombre de membres à respecter : entre 5 et 20 membres. Sinon, le club sera obligatoirement dissous. Notez qu’une personne ne peut être membre que d’un seul club d’investissement.

Les versements sur le compte du club

Règlementairement, les versements annuels faits dans un club d’investissement sont limités à 5 500 € par membre et par foyer fiscal. Cela signifie qu’un couple ou une famille appartenant au même club ne pourront pas réaliser des versements excédents ce plafond. À titre indicatif, nous avons prévu de débuter notre club avec des versements mensuels de 70 € par personne, soit un total annuel de 840 €

En pratique, le trésorier réévalue la quote-part du membre à chaque versement (en % de la valeur du club). Si chacun verse la même somme tous les mois, la quote-part de chacun restera identique dans le temps. 

Note de Nicolas : Si chacun verse autant et sur un même rythme, cela évite les comptes d’apothicaire pour calculer et mettre à jour les quotes-parts de tous les membres. Et en plus, chacun a le même pouvoir.

Les réunions

Le club peut communiquer et s’organiser comme il le souhaite. Ceci dit, avoir un rythme d’une réunion mensuelle est fortement recommandé. C’est lors de ce rassemblement que les performances et la stratégie du club pourront être revues et ré-orientées. 

Des réunions exceptionnelles sont organisées lorsqu’une décision modifiant les statuts du club doit être prise. Il y a 3 décisions de ce type : l’admission d’un nouveau membre, l’exclusion d’un membre et le renvoi d’un membre du bureau.

L’entrée d’un nouveau membre dans le club d’investissement

La forme juridique de l’indivision permet l’entrée d’une personne à tout moment de la vie du club. L’acceptation d’un nouveau membre est votée à l’unanimité. La valeur du club est calculée avant l’entrée du membre, selon les dernières informations boursières connues. Chaque membre détient une quote-part, c’est-à-dire une part de la valeur du club. Les nouveaux arrivants doivent s’acquitter d’une quote-part égale à celle des membres du club. 

Par exemple, supposons que notre club ait réalisé une performance de +10 % après 1 an d’existence. La quote-part de chaque membre sera donc : 840 € x (1 + 10 %) = 924 €. Le nouveau membre devra verser ce même montant dès son arrivée. L’intérêt du maintien d’une répartition égale des parts du club est d’attribuer le même poids décisionnel à chacun. 

Cependant, le nouvel arrivant a tout à fait le droit de ne pas verser la quote-part calculée. Il peut faire un versement inférieur ou supérieur à ce montant. Il recevra alors une quote-part proportionnelle à son apport. 

L’exclusion d’un membre

En principe, un club d’investissement est un rassemblement convivial. En effet, le club regroupe généralement des amis, du moins des connaissances avec la même passion et un alignement des intérêts. Ceci dit, un manque de sérieux d’un des membres peut mener à des cas d’exclusion. Ainsi, des retards fréquents aux réunions ou l’absence d’engagement dans l’activité du club sont des causes valables d’exclusion. En pratique, cette exclusion se fait sur un vote à la majorité

Le bureau du club d’investissement

Comme dans tout type d’organisation, il existe des postes de direction au sein d’un club d’investissement. Le bureau est élu pour une durée d’un an par un vote à la majorité :

  • le président est le représentant du club. Il est chargé d’ouvrir le compte du club auprès d’un intermédiaire financier. De plus, les documents qu’il signe engagent la responsabilité du club. 
  • le trésorier est responsable du suivi des transactions du club. Il tient la comptabilité du club et surtout, évalue sa valeur. 
  • le secrétaire s’occupe de la prise de note et du compte-rendu des réunions. 

Vous avez choisi quelle banque pour le club d’investissement ?

La création d’un club d’investissement doit être approuvée par un intermédiaire financier. Celui-ci recueille et valide les documents d’identité de tous les membres et organise la signature des statuts. Par conséquent, le compte du club et toutes ses opérations boursières se feront par le biais de cet intermédiaire. Cela peut être une banque ou un courtier agréé.

À travers nos recherches, il s’avère que seules 3 banques et 1 courtier en ligne permettent la création d’un club d’investissement : Société Générale, CIC, BNP Paribas et Bourse direct. Finalement, notre club a fait le choix de la Société Générale. Aucun frais n’est à prévoir à la création, seuls les frais de transactions seront dûs.

Plusieurs points nous ont intéressé :

  • la banque nous propose une fois par mois une salle dans leur locaux pour nos réunions. 
  • nous sommes assignés à un conseiller patrimonial qui s’occupe de l’ouverture du compte. Il tient également un rôle de coordinateur lors des réunions mensuelles. Il n’a aucun droit de vote mais il peut nous fournir des informations financières qui vont aider nos décisions d’investissement.
  • les trackers Lyxor (émis par la Société Générale) sont sans frais de transaction pour le club. Et vu que la SG / Lyxor gère de nombreux trackers, cela représente un avantage significatif dans notre objectif d’investir à bas coût.

Note de Nicolas : Parmi les 4 établissements qui permettent la création d’un club d’investissement, on retrouve Bourse Direct qui figure dans notre classement des meilleurs courtiers en bourse. D’ailleurs, un ami a fait ce choix pour son club d’investissement car les frais de transaction sont très compétitifs. Même s’il n’y a pas de salle de réunion, de toute façon les membres du club n’ont pas la possibilité de se réunir physiquement (membres aux 4 coins de la France donc réunions sur Skype ou Zoom). Ceci dit, pour Cédric, Travis et leurs 4 compagnons du club, l’offre de la Société Générale est intéressante notamment pour le prêt de la salle de réunion et les frais de transaction offerts sur les trackers Lyxor.

Quelle est la fiscalité du club d’investissement ?

ADI : Le club investit via quelle enveloppe fiscale ? Un PEA ou un CTO ? Quelle fiscalité en cours d’investissement ? Et à l’issue quand on récupère l’argent ?

Le club investit via un compte-titres ordinaire (CTO)

Le compte du club est obligatoirement un compte-titres ordinaire (CTO). “C’est l’enveloppe la plus souple pour investir en bourse(cf Nicolas dans l’article sur le CTO). À noter que les sommes déposées sur ce compte sont destinées uniquement à l’achat d’actifs comme les actions, obligations, trackers. Seulement 10 % du capital du club peut être utilisé pour des investissements à caractère spéculatif (ventes à découvert, marché de gré, cryptomonnaies, etc.)

L’imposition des dividendes et intérêts

Certains actifs rémunèrent les investisseurs sous forme de dividendes ou d’intérêts. Lorsque ces revenus sont perçus par le club, ils font l’objet d’une imposition (fiscalité du CTO). Ils sont considérés comme étant distribués à chaque membre du club en fonction de leur quote-part. Ces revenus peuvent être conservés dans le compte du club afin d’être réinvestis. Si c’est le cas, ils sont pris en compte dans le calcul du plafond annuel des versements de 5 500 € par membre. 

En pratique, le trésorier doit calculer la part de chaque membre sur ces revenus. Le président signe et déclare ces revenus à la banque à la fin de l’année. Ensuite, celle-ci fournit un imprimé fiscal unique (IFU) qui permettra à chaque membre de remplir sa déclaration individuelle d’impôt sur le revenu.

Dans notre cas, la Société Générale (SG) joue également le rôle de trésorier. Lors de la création du club, la SG a dû créer une fiche client pour chaque membre afin qu’elle puisse avoir un suivi des transactions sur l’ensemble des membres. Cela nous facilite la tâche et aide à l’organisation du club. 

L’imposition des plus-values du club

Le bénéfice que le club gagne en investissant dans des actifs financiers est appelé une plus-value. Les plus-values réalisées par le club sont exonérées d’impôt pendant toute sa durée de vie. En clair, les gains nets du club seront imposés seulement au moment de sa dissolution. 

Note de Nicolas : normalement (hors club d’investissement) les plus-values réalisées sur CTO sont imposées tous les ans à la flat tax 30 % (on fait le bilan annuel et la PV globale réalisée est imposée). C’est donc un bel avantage du club qui permet de composer sans friction fiscale, avec imposition à la sortie seulement comme sur le PEA !

Le partage du capital du club d’investissement après sa dissolution

Une fois le club dissous (après 10 ans d’existence, hors exception), il y a deux possibilités pour le partage de ses actifs.

Le partage en liquidité

La première alternative est un partage de liquidité. En clair, le club vend tous ses actifs. Dans ce cas, les sommes récupérées sont distribuées à chaque membre à hauteur de leur quote-part. Ainsi, le montant reçu est constitué du total des versements effectués par le membre et de sa plus-value. C’est la plus-value qui sera imposée, si elle existe lors du partage. En effet, si le club a plutôt perdu de l’argent sur ses investissements, il n’y aura pas d’imposition sur les pertes. 

Le partage des actifs

La seconde alternative est le partage des actifs. Toujours en fonction de leur quote-part, chaque membre recevra une partie des actifs détenus par le club. Dans ce cas, la banque va transférer ces actifs sur le CTO personnel de chaque membre. 

La plus-value du “clubiste” sera calculée à partir du prix d’acquisition de l’actif par le club d’investissement. Une fois le transfert effectué, ce même prix deviendra le coût d’acquisition de l’actif inscrit dans le CTO du membre. L’intérêt de cette méthode est purement fiscal. 

Exemple pour choisir entre partage en liquidité ou partage des actifs

Un exemple chiffré va mieux illustrer nos propos. Admettons que 5 membres d’un club ont réalisé un total de 8 000 € de versements. À la dissolution, le club a une valeur de 10 000 €. Donc la plus-value du club s’élève à  2 000 €. Lors d’un partage en liquidité, à quote-part égale, chaque membre sera imposé sur 400 € de plus-value. 

Ceci dit, le club décide de s’orienter vers le partage d’actif. À la fin de sa vie, le club avait 10 000 € et finalement il fait une dernière acquisition de 10 actions de la société AX à 1 000 € l’action. Après dissolution, une fois le transfert d’actifs effectué, chacun des 5 membres du club recevra 2 actions de AX sur son CTO personnel. Et s’il vend ses actions à l’avenir, c’est le prix d’acquisition du club qui sera utilisé pour calculer sa plus-value. Ainsi, si l’ex-clubiste vend ses actions au prix de 1 000 €, il ne sera pas imposé car il n’aura pas réalisé de plus-value ! Alors qu’en cas de partage en liquidité, il était imposé sur une assiette de plus-value de 400 €.

Note de Nicolas : Je ne connaissais pas ce mécanisme du partage des actifs et je découvre qu’il est très puissant fiscalement ! Il permet de « neutraliser » fiscalement la plus-value, peu de temps avant dissolution. Ceci dit, attention à ne pas procéder à un dernier investissement à une date trop proche de la dissolution pour ne pas risquer la requalification en abus de droit. En pratique, il vaut mieux restructurer le portefeuille entre 4 et 6 mois avant dissolution et sur au moins 3 ou 4 valeurs. D’ailleurs, en raison de ces avantages fiscaux, un individu ne peut être membre que d’un seul club d’investissement. 

Quels sont les avantages et inconvénients d’un club d’investissement ?

ADI : Finalement, on les devine assez bien à ce stade de l’interview. Mais si on fait le bilan, quels sont les avantages et inconvénients du club d’investissement par rapport à l’investissement solo ?

Les avantages du club d’investissement

Nous voyons 3 grands avantages dont nous comptons bien profiter.

Le regroupement de capital pour une plus grande “force de frappe”

Le principal avantage de l’investissement par le biais d’un club est le regroupement de capital. En pratique, chaque membre verse une “cotisation mensuelle” sur le compte du club. Le capital réuni est ensuite utilisé pour l’achat d’actifs financiers.

Ce principe appelé “pooling”, permet d’élargir les possibilité d’investissements. En effet, certaines actions ne sont pas accessibles aux petits épargnants comme les étudiants. L’action d’Amazon a par exemple une cotation de 2 224 € (au 18/05/20) ! Cette acquisition devient tout de suite plus abordable pour un groupe de 5 personnes. 

Le partage d’actif pour optimiser fiscalement

Le partage d’actif à la dissolution du club est un avantage fiscal non négligeable comparé au CTO détenu individuellement. Ce mécanisme  permet de réduire voire d’éliminer (fiscalement) le montant de la plus-value de l’investisseur. Ainsi, on évite toute imposition. 

L’éducation financière

Enfin, selon nous c’est l’éducation financière obtenue à travers le club qui représente son plus grand avantage. Le partage des connaissances et l’échange d’idées accélèrent la compréhension de l’investissement. Chacun apprendra plus vite que dans son coin. L’intelligence collective sera la clé maîtresse de notre apprentissage.

Les inconvénients du club d’investissement

Nous voyons 2 inconvénients, mais nous pensons pouvoir les maitriser.

La restriction sur l’enveloppe d’investissement

Le principal inconvénient du club est la restriction sur le type de compte utilisé. En effet, le club doit effectuer toutes ses transactions par le biais d’un compte-titres ordinaire (CTO). Cette enveloppe ne possède pas autant d’avantages fiscaux que le PEA ou l’assurance vie. Ceci dit, l’avantage fiscal du partage d’actif compense bien !

De plus, le choix limité des intermédiaires financiers accentue ce désavantage. Nous n’avons pas accès aux meilleurs courtiers en bourse, à part Bourse Direct. Sachant que les mieux positionnés en termes de frais de transaction sont souvent des courtiers en ligne. Comme expliqué précédemment, nous avons fait le choix d’un intermédiaire physique pour les avantages présentés par la Société Générale : gestion de notre trésorerie, frais de transaction des trackers Lyxor offerts et possibilité de réunion mensuelle dans leur locaux.

La sortie anticipée d’un membre

La sortie anticipée d’un membre est aussi une complication adossée au Club d’investissement. Des ventes d’actifs ou des transferts de liquidité devront être effectués afin de rembourser le membre sortant selon sa quote-part. Ces opérations sont laborieuses et peuvent avoir un impact sur la stratégie d’investissement du club.

Néanmoins, le membre sortant devra annoncer son départ avec un préavis d’une durée définie au préalable dans les statuts. Par exemple, nous avons choisi un préavis de 3 mois dans notre club. Ce délai permet d’organiser les transactions nécessaires pour récupérer la liquidité requise pour le remboursement de l’ex-clubiste. Le montant à rembourser s’élève à la quote-part détenue par le membre. Bien entendu, c’est exclusivement la plus-value de sa quote-part qui sera imposée. 

Comment vous organisez-vous pour les décisions d’investissement ?

Le club des 6 : une synergie des talents

Nous sommes 6 membres « clubistes » et nous avons une diversité de parcours à l’intérieur du club

  • 3 membres s’orientent vers le diplôme d’expert-comptable ;
  • 2 autres ont pour objectif les métiers de la banque d’investissement ;
  • le clubiste le “moins gradé” (on le taquine ainsi parce qu’il est pour l’instant en master 1) envisage de se spécialiser en trading. 

Tous ces métiers ont un lien direct avec la finance, donc une synergie se crée facilement. Les financiers apportent une analyse fondamentale des marchés. Le trader contribue avec une analyse technique des courbes. Enfin, les expert-comptables amènent leur compréhension des états financiers et des normes fiscales. 

Cependant, ces compétences ne sont pas les plus importantes, à notre avis, lorsqu’il faut investir. Le trait essentiel à avoir est la curiosité. Toutes les informations nécessaires sont disponibles en ligne et accessibles dès qu’on a une connexion internet. C’est l’envie d’apprendre et une détermination à rechercher la bonne information qui nous ont menés sur le site Avenue des investisseurs. Ce sont ces mêmes qualités que nous recherchons chez nos membres. 

Le choix des investissements

Nous sommes organisés en deux pôles

  • Je suis à la tête du premier qui est chargé des recherches sur les méthodes d’investissement conventionnelles. Ce pôle met donc l’accent sur les trackers suivant des indices, des secteurs, ou des thématiques comme la RSE (responsabilité sociétale des entreprises, alias ISR).
  • Le second pôle dirigé par Travis, s’intéresse aux investissements plus risqués. Notamment l’achat d’actions en direct, ou encore la cryptomonnaie.   

Lorsqu’une idée d’investissement est trouvée par l’un des pôles, elle est présentée à tous les membres du club. Si la proposition est intéressante le pôle effectue des recherches approfondies afin de la présenter une seconde fois pour validation. Le vote final pour décision d’investissement se fait à la majorité. Le poids de chaque voix est déterminé par la quote-part détenue par les membres. 

Pénalité de retard et pénalité de retrait anticipé

On a choisi de mettre en place une pénalité de retard de versement. Celle-ci s’élève à 2 % du versement mensuel. Il est important d’avoir un certains sérieux lorsque nous investissons. Le club est certes avant tout, un cadre d’apprentissage et de partage. Cependant, il ne faut pas oublier le rigorisme allant avec l’investissement. 

De plus, tout retrait anticipé aura une pénalité de 5 %. Car le club d’investissement a pour essence une vision long terme (5-10 ans). De ce fait, afin d’éviter des retraits anticipés consécutifs durant la vie du club, il a été mis en place cette pénalité qui a un rôle “dissuasif” avant tout. 

Quelle est votre stratégie d’investissement ?

ADI : Maintenant que l’on sait tout du club, concrètement, quelles stratégies d’investissement comptez-vous mettre en place sur du long terme ? Visez-vous une allocation cible ?

On pourrait s’attendre à ce qu’un club réalise des analyses de marché extrêmement pointues pour repérer les actions d’entreprises uniques. Ce n’est pas le cas pour nous. Cette façon de procéder n’améliore pas nos chances de profit. Au contraire, elle les diminuent. 

La gestion passive

Notre stratégie d’investissement repose principalement sur une gestion passive. Nous sélectionnons des trackers qui suivent des indices boursiers. Par exemple, le CAC40 est un indice boursier français qui regroupe les actions des 40 plus grandes sociétés françaises. En nous exposant au CAC40 dans sa globalité, nous diversifions notre investissement en un seul actif financier. 

L’investissement progressif (DCA)

Les marchés financiers peuvent être un environnement très volatil. C’est souvent le cas lorsqu’il y a beaucoup d’incertitudes, notamment avec la crise du covid-19. Ainsi, sur une courte période il est très difficile de prévoir la direction des marchés financiers. Par conséquent, nous utiliserons la méthode du Dollar Cost Average (DCA). 

Cette méthode consiste à investir une somme d’argent de manière régulière sur les marchés. Ainsi, mécaniquement, lorsque les valeurs boursières sont hautes, on achète moins. Et lorsque les valeurs sont basses, la somme versée permet d’acheter plus d’actions. Nous mettrons en place cette tactique mensuellement. 

Notre allocation cible

Nous ne placerons pas l’entièreté des versements mensuels du club. Nous conserverons 20 % de la somme collectée, qui ne sera pas utilisée. Notre objectif est de constituer une réserve qui pourra servir lors de la sortie anticipée d’un membre. À ce moment, cette liquidité nous évitera la tâche tumultueuse de vendre une partie des actifs du club. On parlait précédemment de cet inconvénient de la sortie anticipée d’un membre et on préfère se protéger contre ce risque.

En termes d’allocation du capital investi, nous visons :

  • 70 % sur des trackers suivant des indices boursiers ou des secteurs spécifiques. 
  • 20 % sur des obligations. 
  • 10 % pour une gestion active, c’est-à-dire l’achat d’actions d’entreprises (titres vifs) et éventuellement cryptomonnaie. C’est un moyen pour nous de dynamiser notre portefeuille tout en mettant à l’épreuve nos connaissances et notre “flair” des bonnes opportunités à saisir. Seulement 10% de notre capital sera alloué à cette gestion active afin d’éviter une déroute totale. 

Note de Nicolas : C’est justement l’école d’investissement pronée par ADI. C’est à dire fixer une allocation cible, investir progressivement et privilégier la gestion indicielle (trackers). Nos bonnes pratiques de l’investissement en bourse. On pourrait comparer votre performance avec une simple allocation 80 % tracker World + 20 % fonds euro par exemple sur l’assurance vie Linxea Avenir, pour voir si le club surperforme ! Challenge accepté ?

Quel est votre objectif en termes de performance ? Et quel benchmark ?

Notre benchmark

Le benchmark que nous avons choisi est l’indice MSCI World. Il suit la performance des entreprises des pays développés. Il est déjà très difficile pour des experts de battre ce benchmark. La tâche sera d’autant plus ardue pour nous car nous ne sommes pas des professionnels du milieu. Ceci dit, notre but est de challenger et de motiver notre groupe. Nous avons donc décidé d’encadrer nos objectifs de performance et de volatilité par un seuil et un plafond.

La performance visée

Pour l’objectif de performance minimum, nous avons sélectionné un bon fonds euro, Sécurité Pierre Euro. Ce fonds a réalisé une performance de 3,56 % en moyenne sur les 8 dernières années. Et notre plafond est représenté par le tracker iShares Core MSCI World ETF. Il suit notre benchmark qui est l’indice MSCI World. Il a réalisé une performance annualisée de 10,80 % sur 8 ans. 

Ce cadre nous permet de mieux situer les performances de notre club. Les objectifs seront actualisés en fin d’année en fonction de l’évolution des marchés. 

Pour quelle volatilité ?

En termes de volatilité, il est évident que répliquer celle d’un fonds euro est inimaginable. La volatilité mesure le risque associé à un placement. Par définition, les fonds euros ne sont pas volatils alors que les marchés financiers sont volatils. Sur la période que nous avons étudié, la volatilité de notre benchmark est de l’ordre de 15 %. Là encore la tâche sera ardue. Surpasser la performance du benchmark avec une volatilité moindre n’est pas accessible à tous

Nous utiliserons le sharpe ratio pour mesurer notre efficacité d’investissement. Deux éléments sont nécessaires pour calculer ce ratio : la performance absolue au numérateur, et la volatilité au dénominateur

L’interprétation du sharpe ratio

Pour calculer la performance absolue d’un actif, on doit d’abord identifier le placement sans risque qui existe sur le marché. La différence entre la rentabilité de notre actif et le taux d’intérêt de ce placement nous donne la performance absolue. 

Par exemple, sur le marché français, on peut considérer que le livret A est le placement le moins risqué. Depuis le 1er février 2020 son taux d’intérêt est de 0,50 % par an. À la fin de l’année, notre actif a réalisé une performance de +11 %. Sa performance absolue est calculée ainsi : 11 % – 0,5 % = 10,5 %. Si la volatilité de notre actif est de 30 % alors notre sharpe ratio est égal à : 10,5 % / 30 % = 0,35. 

Le sharpe ratio mesure donc la performance obtenue par unité de risque. Celui de notre benchmark s’élève à 0,70 sur la période étudiée. Notre objectif est de ne pas descendre sous la moitié de cette valeur soit 0,35 et idéalement tendre vers 1.

À travers le détail du sharpe ratio, il est important de citer le sortino ratio. Celui-ci est une variante du sharpe ratio, en ayant pour dénominateur la volatilité des performances négatives du portefeuille. De ce fait, il donne un meilleur point de vue de la performance du portefeuille ajustée à son risque.

Tout comme le sharpe ratio, plus celui tend vers 1 et meilleur sera le résultat. Par conséquent, dans notre stratégie d’investissement, nous privilégions pour deux investissements similaires celui qui aura le meilleur sortino ratio. 

Dans quoi investissez-vous en 2020 et au-delà (2030+) ?

Notre horizon de placement est de 10 ans qui est la durée maximum d’un club. Néanmoins, nous avons choisi un horizon de 8 ans pour élaborer nos objectifs. C’est au bout de cette période que nous débuterons la phase de consolidation de nos actifs en vue de la fin de vie du club. 

L’année 2020 est clairement marquée par le Covid-19. Ce virus a provoqué une crise sanitaire sans précédent. Cette situation a impacté négativement toutes les classes d’actifs confondues. Ceci dit, cet évènement représente une grande opportunité, surtout pour des petits épargnants comme nous. Nous pouvons profiter de la baisse des marchés pour acheter des actifs à prix bas. 

Note de Nicolas : au 23 mai, depuis le début de l’année le Nasdaq a quand même progressé de +4 % (les GAFA ont une forme insolente, notamment Amazon +32 %) et +14 % pour l’or. Alors que le CAC 40 a chuté de 26 % ! Malheureusement, les indices Européens sont à la traîne, et ce depuis des années. Il faut se méfier du biais domestique qui consiste à investir davantage sur les actions de son pays.

Le choix du marché

Quelle que soit la direction des marchés, il est important pour nous de mettre en pratique les fondamentaux que nous avons cités au préalable. Pour nous, cela consiste à investir sur un marché qui a historiquement eu de bonnes performances. Nous avons donc choisi le marché des États-Unis comme socle de nos investissements

Note de Nicolas : Visiblement, le club d’investissement ne souffre pas du biais domestique ! Au contraire, il est dans une stratégie “momentum” en investissant sur les actifs qui ont le plus progressé. 

L’investissement en actions

Au niveau des actions, nous avons fait le choix d’un tracker qui suit le S&P 500. C’est un indice qui regroupe les 500 plus larges entreprises américaines. Nous pouvons alors profiter de la performance globale des États-Unis tout en étant exposé à des entreprises et des secteurs différents. 

L’investissement en obligations

Dans un second temps, nous accentuerons notre diversification en investissant dans une autre classe d’actif : les obligations. On peut définir cet actif comme une dette qu’un pays ou une entreprise doit rembourser aux investisseurs avec des intérêts. En pratique, le risque d’une obligation dépend fortement de la qualité du pays ou de l’entreprise qui l’émet. Par exemple, la France est un pays développé qui a les ressources nécessaires pour rembourser une dette. Donc les obligations émises par la France sont faiblement risquées (donc faiblement rémunérées). On ne peut pas en affirmer autant pour un pays sous-développé.

La crise du Covid-19 a fortement dégradé les obligations d’entreprises car leur risque de défaut s’est accentué. Nous préférons nous orienter vers les dettes détenues par des pays développés. Là encore nous sélectionnons un tracker qui réplique les performances des obligations émises par le gouvernement américain

Note de Nicolas : cela explique aussi que les fonds euros ont un faible rendement. Car ils sont essentiellement constitués d’obligations de pays européens avec une “signature de qualité” (la composition des fonds euros). En pratique, en assurance vie ou PER, le support fonds euro permet d’investir en obligations sans risque de perte en capital. Alors qu’un tracker obligataire comporte un risque de perte en capital (mais le fonds euro n’est pas disponible sur CTO). Pour aller chercher de la performance, on peut aussi investir en obligations high yield, plus risquées.

L’investissement dans des secteurs spécifiques

Une fois que nous avons posé ces bases, nous pouvons orienter notre capital vers des secteurs spécifiques et toujours en respectant notre allocation. Nous pensons qu’il y a des industries qui peuvent s’avérer porteuses après le coronavirus. On peut citer par exemple les industries de la santé, la technologie, le tourisme et l’aviation. 

Un investissement sur ces secteurs doit être pris sur le long terme. En sortie de crise, la santé et la technologie ont pris une place encore plus importante dans notre vie. Le tourisme et l’aviation sont par contre des secteurs qui vont devoir se reconstruire au vu de la forte baisse qu’ils ont subie. Néanmoins, un investissement sur le long terme pourrait produire une bonne performance. 

Malgré une un horizon de placement à long terme, investir directement sur un secteur précis reste un pari risqué. Il est préférable d’investir directement sur un seul des secteurs cités. Nous avons fait le choix de la santé avec un tracker qui suit l’indice MSCI World Health Care. Cet indice regroupe les plus grosses sociétés de la santé comme Johnson & Johnson et Novartis. 

Le mot de la fin

La création d’un club d’investissement est simple et sans frais. Le club permet le regroupement de capital et dispose d’une fiscalité avantageuse. Ces qualités font du club la voie la plus adaptée lorsqu’on veut investir à plusieurs sur les marchés financiers. 

À travers cette interview, nous voulons montrer qu’il est possible, même pour des étudiants, d’investir sur les marchés financiers. Ceci dit, les gains ne seront jamais garantis et la perte de capital est probable (même si l’investissement long terme permet de réduire cette probabilité). Il est par conséquent important d’avoir une certaine discipline dans la gestion des risques. Néanmoins, en suivant les bonnes pratiques de l’investissement, on pourra réaliser des profits sur le long terme. 

Enfin, le plus important est de prendre du plaisir à investir avec ses amis ! Le club nous donne l’occasion de partager notre passion pour l’investissement. Les connaissances entre membres peuvent ne pas être homogènes. Ceci dit, chacun peut, à sa manière, apporter une pierre à l’édifice. Seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin. Ce proverbe Africain résume, à notre sens, l’essence même du club d’investissement. 


Finalement, nous avons découvert que l’investissement en club offre de belles vertus éducatives…et de beaux avantages fiscaux ! En effet, les plus-values réalisées par le club sont exonérées d’impôt pendant toute sa durée de vie. Et seuls les membres sont imposables sur leurs plus-values quand ils quittent le club…mais avec la possibilité de minorer voire neutraliser l’impôt grâce à la technique du partage des actifs.

Globalement, le « club des 6 » va investir surtout en trackers, de l’investissement passif et progressif, mais avec des choix tactiques (convictions sur le marché américain et le secteur de la santé). Il sera intéressant de comparer leur performance à un investissement type 80 % tracker World + 20 % fonds euro (proche de leur allocation en termes de « budget risque »).

Nous remercions vivement Cédric et Travis (leurs profils LinkedIn) d’avoir si bien joué le jeu. Nous avons la chance d’avoir des lecteurs de qualité et nous nous réjouissons qu’ils partagent leurs expériences (voir aussi l’investissement immobilier en LMNP de Stéphane). Cédric et Travis nous ont bien expliqué le club d’investissement et auront peut-être fait naitre des vocations dans des écoles, en entreprise, ou autres cercles. Nous avons pu constater qu’ils ont bien compris les grands principes de l’investissement en bourse et que tout a été bien réfléchi. Et vu l’organisation de leur club d’investissement, leur motivation, leur rigueur et leur curiosité intellectuelle, nous sommes optimistes sur leurs performances futures. Des jeunes avec un bel avenir devant eux et nous allons continuer de les suivre !

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